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Aigné, le seul Grand débat sarthois observé par un chercheur

Claude Dargent, docteur en science politique et agrégé de sciences sociales, est venu observer le Grand débat d’Aigné, vendredi 8 février 2019, pour une étude du Cevipof.

Claude Dargent, vice-président de l’université Paris Lumières, professeur à l’université Paris 8, chercheur au Cresppa (Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris), chercheur associé au Cevipof (le centre de recherches politiques de sciences po).

Cette étude sur le Grand débat national, commandée au Cevipof par le CNRS, est-elle effectuée à la demande du gouvernement, ou simplement dans les missions du Centre national de la recherche scientifique et son rôle d’étudier le fonctionnement des sociétés humaines?

Non, pas du tout à la demande du gouvernement. Le Cevipof (laboratoire de recherche CNRS en sciences politiques à Sciences po), le GIS démocratie et participation et l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne {ICPC) se sont associés pour lancer l’Observatoire des débats, une initiative neutre et indépendante visant à collecter des observations sur le déroulement des débats, déclarés ou non dans le cadre du Grand débat national.

Combien de communes vont être «étudiées» et comment ont-elles été choisies ?

Nous sommes une quarantaine de chercheurs à sillonner la France. Près de 400 débats font l’objet du même protocole de recherche. Il n’y a pas de critères de sélection. C’est un tirage au sort parmi tous les débats. Le hasard est souvent un très bon échantillon représentatif. Aigné est la seule commune sarthoise ayant été tirée au sort pour être étudiée.

La masse de données récoltées va être énorme. Quelles sont vos méthodes de travail ?

On distribue au début du débat un questionnaire aux participants, qu’on récupère à la fin. Anonyme, il vise à mieux saisir la sociologie des participants et du bilan qu’ils peuvent tirer de la séance. De notre côté, on arrive avec un fichier et des rubriques à cocher sur les circonstances, les organisateurs, les thèmes, le nombre de participants, comment ça se déroule … Vendredi, à Aigné, c’était un débat organisé par les habitants. Ce soir (NDLR : mercredi 13 février), je suis à Massy, en banlieue parisienne, dans un débat organisé par la municipalité. Quand on rentre d’un débat, on déclare notre retour et on remplit immédiatement une grille d’observation.

Ces débats organisés dans différentes conditions, par des habitants, des Gilets jaunes, des élus de la majorité du gouvernement ou des minorités, peuvent-ils vraiment donner des résultats ?

C’est justement cette diversité qui est intéressante pour faire la topologie des débats. Élus ou habitants, quelles sont les conséquences ou pas. Est-ce qu’à l’initiative des habitants, la parole circule plus librement? …

Par rapport à d’autres villes, est-ce qu’Aigné s’est distinguée sur certains points ?

Oui. D’abord parce qu’il y avait beaucoup de monde. 60 habitants dans une commune de 1 600, c’est un bon degré de participation. Je m’attendais, dans une zone péri urbaine, à voir des Gilets jaunes. Curieusement, il n’y en avait aucun, revendiqué ou se présentant comme tel. J’ai été surpris de voir qu’il n’y avait eu aucun temps mort, alors que le débat a duré trois heures, et une autorégulation naturelle intéressante. Ce n’est pas le cas partout. Parfois, il y en a qui prennent le micro et qui ne le lâchent plus. Enfin, il y avait des représentants politiques, le maire, deux conseillers départementaux et une sénatrice, qui sont restés «discrets», ce n’est pas rien. Seule la sénatrice a répondu à une question sur la santé qu’on lui posait.

Quand allez-vous restituer vos conclusions?

Ce sera en plusieurs étapes. Le plus rapide, c’est le traitement des questionnaires. Les premiers résultats devraient tomber au printemps. Ils seront disponibles après le 15 mars sur les sites du Cevipof et de l’observatoire des débats. Après, il y a le temps des analyses.

En 2016, vous avez été l’auteur d’un chapitre« Attitudes politiques et sentiment d’injustice: anciennes et nouvelles source de l’indignation sociale». Aviez-vous pressenti le mouvement des Gilets jaunes ?

En tant que chercheur, on ne fait pas de prospective. On analyse des comportements. Le sentiment d’injustice, c’est récurrent structurellement dans toute société. Classiquement, il se trouve plutôt à gauche. Dans cette publication, j’avais étudié qu’il se développait aussi à l’extrême droite. Ce qui n’est pas sans intérêt. Aujourd’hui, le mouvement des Gilets jaunes est un mélange des deux. L’extrême droite en est une composante mais ce n’est pas la seule. Ça dépend des endroits. On note le retour d’un certain poujadisme et des Français anti-élus et anti-élites.

En tant que sociologue, pensez-vous que ce mouvement va marquer l’histoire politique de la France? Et peut-il encore durer longtemps?

C’est forcément important, puisqu’il a déjà forcé le gouvernement à un certain virage, notamment dans les dépenses publiques. Tout le monde a déjà oublié. Mais 10 milliards, ce n’est pas rien. On s’éloigne de l’équilibre budgétaire. Est-ce qu’il va durer? Difficile de répondre à cette question. Oui, c’est possible. Mais on note que le mouvement s’étiole samedi après samedi et que le soutien de l’opinion publique s’érode.

Est-ce que vous diriez que ce mouvement revendicatif est le seul important depuis 1968?

Non, il y a eu les émeutes des banlieues. Ce n’était pas les mêmes ressorts, pas la même forme, mais c’était aussi un mouvement contestataire. Et ça, c’est au moins un point commun.

Source
Ouest France
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